Une des questions que vous pouvez vous poser est la suivante "Pourquoi s'acharne-t-il à publier des photos de joueurs d'échecs alors que personne ne les reconnait et se moque complètement de savoir qui joue mieux que qui?".
Cette question, à laquelle je n'ai pas la réponse, en amène une autre bien plus intéressante, celle des jeunes ( mais aussi des gens en général ) et leurs idoles. On a tous été élevé dans la même merde. Bien sûr, tout le monde n'a pas exactement les mêmes goûts, mais est-ce vraiment là l'essentiel? Non.
Allez dans un milieu de jeunes qui jouent au poètes, encensent le verbe et se rêvent vagabonds lyriques, aucun n'osera dire du mal de Rimbaud. Pourtant, combien de gens sur Terre l'ont seulement lu ? Et combien l'ont lu pour les textes et non pour le plaisir ridicule de s'identifier à celui à qui on veut ressembler? Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud.
On peut multiplier les exemples, que ce soit les Beatles reconnus par tous les bobos en mal de pop Anglaise ou bien un certain Bob Marley dont personne n'est capable de citer autre chose que ces trois morceaux les plus connus.
Un autre problème apparaît, peut-on nourrir une réflexion personnelle en épuisant des merveilles devenues lieux communs?
Baudelaire et Rimbaud sont illisibles. On ne les lit qu'avec les yeux ébahis du chevalier découvrant un Graal qu'il ne peut que chercher. Il nous faut les yeux méprisants du lecteur supérieur, les yeux vils cherchant l'intérêt ou encore les yeux amoureux qui ne retiennent rien pour vraiment s'enrichir d'un texte. Vous voulez lire de la poésie? Prenez un recueil, ouvrez une page au hasard et ne regardez pas l'auteur. Le corps à corps avec le texte est le seul moyen de le faire sien.
L'étonnement seul peut faire avancer alors que l'on se contente de confirmer solidement de sottes certitudes apprises. Pas un ne lis, pas un ne réfléchis. L'intelligence mène au néant, à l'absurde. On ne peut plus rire, plus aimer, plus vivre si l'on est vraiment rationnel. Seul la folie nous sauve de la froide abime de la Révélation. Dieu mort, il n'y a plus bien ni mal. L'Homme est libre. Tout est permit diraient certains. Mais cette exclamation fameuse n'est pas la célébration d'une liberté conquise, c'est le constat désespéré du délaissement de l'homme, condamné à créer de fausses valeurs pour donner un cadre factice à ses actes. On ne peut que se suicider logiquement. Tout le reste, c'est se mentir soi-même. Mais c'est nettement plus agréable.
Quel rapport avec nos joueurs d'échecs cependant ? Derrière leurs lunettes et leurs yeux évasifs hors de l'échiquier, ils sont porteurs d'un message : la passion fait vivre. Car ils ne jouent pas pour l'argent et la gloire cherchée n'est que celle acquise au service d'une discipline révérée. Soixante-quatre cases pour le meilleur et pour le pire, la moitié blanches, la moitié noires. Ils sont les parangons du désintéressement, les champions du plaisir pur, les princes de l'effort, les maîtres de la volonté.
Quant à leurs œuvres, on peut les apprécier à l'infini, car si une partie est signée, elle peut être réécrite à l'infini.
Je n'en fais pourtant pas des Saints, ils peuvent avoir de mauvaises fréquentations.
En guise de conclusion, je dirais qu'en tant que jeune naïf croyant encore à l'amour ( passager ), au succès ( illusoire ) et en l'art ( pour peu qu'il vienne de moi ), je dirais que Rimbaud est un génie, c'est à la mode.
Mais si je l'aime, c'est parce qu'il est beau.